Montnami, linogravure contemporaine

Des mondes en noir et blanc

Je construis des mondes en noir et blanc.

Des mondes faits de lignes, de masses, d’équilibres précaires et de silences. Des architectures imaginaires qui appartiennent avant tout à un paysage intérieur.

Depuis toujours, je suis attiré par l’architecture, les espaces qu’elle crée, les perspectives qu’elle ouvre et les émotions qu’elle suscite. J’aime observer la manière dont une simple forme peut guider un regard, suggérer un passage ou évoquer une présence. La gravure me permet aujourd’hui de prolonger cette fascination en lui donnant une dimension plus intime et plus symbolique.

Mes linogravures sont peuplées de volumes qui s’élèvent, se croisent, s’emboîtent ou semblent parfois vaciller. Ils ne racontent pas des lieux mais des états. Ils sont les fragments d’une géographie intérieure où se mêlent certitudes et doutes, stabilité et mouvement, construction et effondrement.

Au fil du temps, ces formes sont devenues pour moi une métaphore de l’existence. Elles dessinent des chemins qui ressemblent à ceux que nous empruntons chaque jour. Certaines voies paraissent évidentes puis se referment. D’autres surgissent là où on ne les attendait pas. Les perspectives se déplacent, les repères changent et ce qui semblait immuable révèle soudain une autre lecture.

Comme dans la vie, rien n’est figé.

Chaque volume possède plusieurs faces. Chaque composition offre plusieurs lectures. Selon l’endroit où l’on se place, une forme peut apparaître solide ou fragile, ouverte ou fermée, accueillante ou inquiétante. J’aime cette ambiguïté. Elle rappelle que notre regard façonne le monde autant que le monde façonne notre regard.

Le noir et le blanc participent pleinement à cette recherche. Ils dépouillent l’image de l’accessoire pour n’en conserver que l’essentiel : la lumière, l’ombre, le rythme et la tension. Dans cet espace réduit à l’essentiel, les formes peuvent respirer et laisser place à l’imaginaire de celui qui les contemple.

Je ne cherche pas à imposer un récit. J’essaie plutôt d’ouvrir un espace de projection. Un lieu où chacun peut circuler librement, retrouver ses propres repères, ses propres questionnements, ses propres souvenirs.

Mes gravures sont des labyrinthes silencieux. Elles invitent à ralentir, à observer et à accepter qu’il n’existe pas une seule manière de voir les choses. Comme les chemins que nous traçons au cours de notre vie, elles demeurent ouvertes, mouvantes et profondément personnelles.

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